L’homme qui a rempli avec « Honneur et Fidélité » son contrat reste toute sa vie, qu’il le veuille ou non, « un légionnaire ».
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La Compagnie de discipline des régiments étrangers
S'il existe une légende mystérieuse, tenace et secrète, la "Compagnie disciplinaire" de la Légion étrangère en est le meilleur exemple. Que n'a t'on pas déjà raconté, supputé, extrapolé sur cette compagnie. Il ne faut surtout pas faire l'amalgame de la compagnie disciplinaire de la Légion avec celles des " Bat d’Af " Règles établies en 1931 par le général Rollet  (extrait de la revue Képi Blanc N° 575). 1) Mission de l'unité La compagnie de discipline de la LE remplit le rôle de section spéciale pour les militaires de la Légion autres que séjournant en Indochine. Elle est destinée à recevoir les légionnaires qui par des fautes réitérées contre les règlements où par mauvaise conduite habituelle, porte atteinte à la discipline et constitue un danger pour la valeur morale du corps dont ils font partie. Elle reçoit en outre les légionnaires qui tentent de se mutiler dans le but de se rendre impropre (sic) au service où qui sent tenir compte des remontrances et des punitions simulent des infirmités dans le but de se soustraire au service. En plus des punis envoyés par les régiments d'Algérie, du Maroc, de la Tunisie et du Levant, y sont automatiquement envoyés les légionnaires provenant de la section spéciale du 5 eme  REI (Tonkin) qui, au moment de leur rapatriement pour fin de séjour, n'ont pas obtenu leur réintégration dans une unité active ordinaire. 2) Organisation de la compagnie Elle est  articulée en trois sections : - une section ordinaire à laquelle sont affectés, en principe, tous les punis envoyés à la compagnie. - une section de répression destinée à recevoir les légionnaires ayant déjà fait un séjour à la compagnie et que leur mauvaise conduite y a fait renvoyés, les disciplinaires de la section ordinaire qui, ayant encouru plus de 100 jours de prison où de cellule  doivent être soumis à un régime plus sévère et, enfin les légionnaires coupables  de mutilation volontaire. Il est a noté que les simulateurs sont incorporés à la section ordinaire et non à celle de répression. - une section de transition à laquelle sont affectés les disciplinaires de la section ordinaire qui s'étant bien conduit durant 6 mois, peuvent bénéficier d'un régime moins strict. 3) Encadrement de la compagnie Les officiers, sous-officiers et légionnaires du rang destinés à assurer l'encadrement des disciplinaires sont désignés par le Général Inspecteur de la Légion. Ils sont choisis dans les unités stationnés en Algérie, c'est à dire essentiellement à l'intérieur du 1er REI. Pour être sélectionné, ces cadres doivent présenter des garanties réelles de conduite et de moralité. Ils doivent se distinguer par un caractère froid et énergique. Le profil du personnel est donc loin de correspondre aux « sadiques » que se plaisent a dépeindre les journalistes et autres. L'encadrement est composé d'un capitaine commandant l'unité, assisté d'un lieutenant  et de deux sous-officiers chargés des travaux administratifs et comptables, auxquels s'ajoutent :  - à la section de répression : un sergent pour 6 disciplinaires - à la section de transition : un sergent pour 10 disciplinaires. En plus de ces cadres, la compagnie compte un caporal-chef où caporal et 2 légionnaires, pour un effectif inférieur à 40 disciplinaires, 2 caporaux où un caporal-chef et toujours 2 légionnaires pour un effectifs compris entre 40 et 60 disciplinaires. Cet encadrement est augmenté d'un légionnaire si les disciplinaires dépassent  le nombre de 70. 4) Décision d'envoi à la  « Discipline » Cette décision appartient au ministre de la Guerre qui se prononce sur avis du conseil de discipline du régiment auquel appartient le puni. Dans la pratique, le ministre délègue ses pouvoirs au général commandant la division d'Oran (1 er  REI), au général commandant les troupes du Maroc (régiments étrangers stationnés en territoire chérifien), au général commandant supérieur des troupes en Tunisie pour les unités qui y sont stationnées, enfin au général commandant supérieur des troupes du Levant (bataillon formant corps du 1 er  REI en Syrie). 5) Durée du séjour La durée minimum des punis  à la CD est de 9 mois, dont 6 à la section ordinaire, et 3 à la section de transition. Le séjour minimum à la section de répression est de 3 mois. Toute punition encourue peut prolonger ce séjour de 3 mois. Le temps total passé à la section répression n'est pas pris en compte pour le calcul global de la durée du séjour à la compagnie. Le disciplinaire de la section répression qui, pendant 3 mois n'a pas encouru de punition  et s'est bien conduit, est proposé par le capitaine commandant pour être muté à la section ordinaire où il doit passer 6 mois, avant d'être transféré à la section de transition. Le disciplinaire de la section de transition peut, après avoir fait preuve d'une bonne conduite pendant 3 mois, être réintégré dans une compagnie active ordinaire. Toutefois, le bénéficiaire de cette dernière, ne peut s'appliquer à un mutilé volontaire. Parmi les dispositions particulières à la section de transition, il est à noter que les disciplinaires bénéficient (avec autorisation du capitaine commandant) à sortir en ville 2 heures chaque jour, leur tenue est identique à celle des autres légionnaires, mais sans arme. En prévision de leur réintégration, leur emploi du temps  journalier comporte une 1/2 journée d'exercice et d'instruction. Il leur est interdit de communiquer avec les disciplinaires de la section ordinaire et celle de répression. Les disciplinaires, quelque soit leur section d'affectation, ne peuvent bénéficier de permission, même à titre exceptionnel, ni de congé de convalescence. En ce qui concerne les punitions, seules peuvent être infligées celles prévues par le règlement du service dans l'armée. Elles sont, en principe, subies dans des locaux individuels. Les punis sont par conséquent soumis à un régime cellulaire, mais uniquement en dehors des heures de travail et de corvées. Les disciplinaires ne reçoivent et ne peuvent à leur frais se procurer du tabac, que si leur conduite et leur manière de servir sont jugées satisfaisantes. Le pouvoir de décision appartient au capitaine commandant la compagnie. La solde des disciplinaires, les portions de prime auxquelles ils peuvent prétendre et les sommes qui peuvent leur être adressées sont versées trimestriellement en leur nom par le capitaine commandant à la caisse nationale de retraite pour la vieillisse. Les livrets d'épargne où caisse de retraite sont remis aux titulaires lorsqu'ils sont réintégrés dans un corps de troupe où lorsqu'ils sont libérés. A titre de récompense, le capitaine commandant peut autoriser les disciplinaires à recevoir leur solde et à recevoir de l'extérieur, en un où plusieurs envois, la somme mensuelle de 25 francs. Les enveloppes des lettres écrites par les disciplinaires ne doivent porter aucun cachet faisant mention de la compagnie de discipline où aucune indication de même type. Il leur est interdit d'expédier des lettres où des paquets autrement que par l'intermédiaire du vaguemestre. Les lettres où paquets sont ouverts par l'intéressé devant le capitaine où par un gradé désigné par celui-ci. Des livres où revues peuvent leur être remis mais sous la surveillance du capitaine. Les disciplinaires ne peuvent correspondre qu'avec leurs parents immédiats. L'habillement est identique pour les disciplinaires et les hommes des unités d'actives des régiments étrangers à l'exception des hommes de la section de transition, qui n'ont ni arme ni équipement. Les disciplinaires sont logés dans des enceintes closes, comprenant chacune un ou deux marabouts, chacune des 3 sections est isolée des 2 autres. Le général commandant la 19 ème  CA, le général commandant la division d'Oran, les  généraux commandant les circonscriptions territoriales sur lesquelles est stationnée tout ou une partie de la compagnie de discipline, le général inspecteur de la Légion étrangère, le chef de corps du 1 er  REI, ainsi que l'officier supérieur commandant de la région d'Aïn-Sefra ont droit de visite ou d'inspection de la compagnie. Celles ci doivent être inopinées et donnent lieu à l'établissement d'un rapport de l'autorité inspectrice. Ce rapport est transmis à la division d'Oran qui signale éventuellement au Ministre, les points spéciaux ou particuliers sur lesquels son attention doit être appelée. Le rapport doit rendre compte de l'état moral et physique des disciplinaires, des réclamations exprimées et la suite qui leur est donnée. 6) Réintégration des disciplinaires Les disciplinaires qui ont eu une conduite satisfaisante pendant 9 mois peuvent être réintégré dans une compagnie active normale. Les propositions de réintégration sont faites une fois par mois par le capitaine commandant la compagnie.  Elles sont adressées au général commandant la division qui, agissant au nom du ministre, décide en dernier ressort si il y a lieu d'accorder où non la réintégration proposée. Un acte de courage ou de dévouement accompli par un disciplinaire peut valoir à son auteur d'être proposé pour une réintégration à toute époque de l'année, sans que cette réintégration soit soumise aux conditions de durée de séjour à la section ordinaire et à la section de transition normalement requises pour bénéficier de cette mesure. Seul les mutilés volontaires ne peuvent en principe, faire l'objet d'une proposition de réintégration, ils terminent leur contrat à la compagnie de discipline avec la possibilité en cas de bonne conduite d'être affectés à la section ordinaire où même à la section de transition. Les disciplinaires réintégrés rejoignent le 1 er  REI où ils sont affectés à l'une des unités, du régiment, stationnées en Algérie, ce qui parait indiquer qu'un ancien disciplinaire ne peut rejoindre une unité stationnée en TOE. Le disciplinaire dont le contrat arrive à terme pendant son séjour à la compagnie de discipline ne peut, sauf exception, recevoir à sa libération, le certificat de bonne conduite, même si il s'est bien conduit entre son arrivée à l'unité et la date de sa libération. Il ne peut contracter un nouvel engagement à la fin de son contrat. Il apparaît donc que les disciplinaires de la section ordinaire, et surtout ceux de la section de répression, sont soumis à des conditions d'existence qui ne doivent pas être éloignées de celles que connaissent en Guyane, les condamnés aux travaux forcés. Toutefois ils ont la possibilité, à condition d'en avoir le courage et la volonté de s'en sortir, de pouvoir à nouveau être intégrés dans une unité active ordinaire. Si les conditions d'existence sont rudes à la compagnie de discipline, les inspections inopinées (même par le maréchal d'Esperey et l'Inspecteur de la Légion) ne laissent aux cadres de la compagnie que des possibilités très réduites de se comporter en petits potentats. La lecture du journal de marche, entre 1930 et 1936 fait apparaître que le capitaine commandant n'a jamais hésité à infliger des arrêts de rigueur à ceux de ses subordonnés qui "manquaient de sang-froid" en des occasions qui ne sont pas précisées. Pour sa part, les services de santé surveillent de près, par des visites périodiques, la condition des disciplinaires, l'infirmier de l'unité peut donner les soins requis, et à l'obligation de surveiller la manière dont évoluent les affections bénignes dont souffrent les exempts de service. En 1955, la compagnie de discipline des régiments étrangers, venant de Colomb-Béchar, s'installe à Djenien-Bou-Rezg. La CDRE et ses disciplinaires prennent part aux opérations de maintien de l'ordre dans son secteur. En 1963, ce "monastère de la dernière chance" se transforme en une section de discipline du Sahara rattachée au 5 ème   REI puis au 2 ème  REI. Sa dissolution intervient le 1 er  juillet 1964. Constituée le 1 er juin 1946, la compagnie de discipline des régiments étrangers en EO, est stationnée à l'île de Tagne, rattachée au 2 ème  REI. La compagnie accueille tous les disciplinaires des régiments étrangers présent en Indochine. Elle est dissoute le 1 er  août 1954.